Percée et synthèse Aborigène d’un cheminement artistique

En dépit de son jeune âge, l’artiste Daniel Walbidi se trouve aujourd’hui à 30 ans, à un tournant de sa carrière. Lors de ma visite cet été au centre d’art de Bidyadanga près de Broome, nous avons eu le temps d’échanger sur son cheminement et ses questionnements.

Cette toile magistrale, constitue en quelque sorte un pivot dans son parcours. Réalisée juste avant son autre toile majeure Winpa and sons, pour laquelle il a reçu cette année 2014 le grand prix général de peinture au 31e TELSTRA NATSIAA, elle souligne ici de nouvelles audaces picturales et la synthèse subtile de ses explorations passées.

Daniel-Walbidi

© Daniel Walbidi – Winpa & sons 2014 – 180 x 95 cm. With the courtesy of Short Street Gallery – Art aborigène – Collection privée Brocard-Estrangin

Dans le parcours de Daniel Walbidi il convient de distinguer plusieurs périodes qui chacune ont été déterminantes dans son aventure artistique déjà bien complète.

L’émergence d’un artiste et d’un « centre d’art » Aborigène

Adolescent, vers l’âge de 16 ans, il prend l’initiative de rencontrer Emily Rohr, directrice de la galerie Short Street à Broome. Novice, il souligne son intérêt pour l’art, sa volonté de devenir un artiste et encourage lui-même les anciens de la communauté à peindre à leur tour. C’est un big bang créatif à Bidyadanga pour cette communauté déracinée, ayant quitté le désert devenu trop aride en raison des exploitations minières.

L’expression artistique de la diaspora Aborigène

Dans ses premières années, Daniel Walbidi va se fonder sur les témoignages et les enseignements des anciens car il n’a jamais encore eu l’occasion de retourner sur sa terre ancestrale. Sa lecture suit le fil mémoriel inspiré des anciennes générations.

Ses premières oeuvres empruntent avec force aux mythes fondateurs. Il utilise des symboles en partie sacrés, sans toujours mesurer leur portée, n’ayant pas fini son initiation. Son exploration en profondeur de sa culture sans être connecté à sa terre offre une voix pure et authentique dans ses premières formes d’expression.

Puis viennent d’autres peintures, où s’affirment de plus en plus son individualité, toujours sans avoir encore eu l’occasion de retourner sur la terre des anciens. Quelques exemples visibles ici méritent le détour.

Pèlerinage sur les territoires traditionnels Aborigènes

En 2008, avec d’autres anciens, il rejoindra avec émotion le pays de ses ancêtres. Sa vision en sera à jamais transformée. Sa peinture prendra à cette occasion de nouvelles dimensions, plus complexes, plus ancrées, sous le halo des teintes et de la lumière du bush.

J’avais eu l’occasion d’acquérir la toile Kirriwirri réalisée juste après cette période. On y retrouve l’acuité de son regard, sa sensibilité d’artiste dans la façon de saisir les nuances du paysage visible et incarné.

Visibilité internationale

Exposé dans de grandes expositions à travers le monde sur les 5 dernières années, il est presque plus reconnu en dehors de l’Australie, que dans ce pays, devant attendre l’année 2014 pour recevoir le TELSTRA award. Ce qui a pu être frustrant pour lui, lui permet d’affiner encore plus son style, et la portée symbolique de ses peintures.

Le Musée Aborigène d’Utrecht l’accueillera à différentes reprises pour des expositions en 2012 et 2014.

Il figurera dans une grande exposition d’art Aborigène au MET à New York en 2010, comme en France à l’exposition « Grand Nord, Grand Sud » de l’Abbaye de Daoulas en Bretagne.

Une production faible

Lettré, ayant un diplôme universitaire, son engagement d’enseignant auprès de sa communauté, restreint sa capacité à produire de nombreuses toiles. Bien souvent ils se limitent à 4 ou 5 peintures par an. Les listes d’attente s’allongent pour ses travaux. Il est présent sur le second marché et sa présence dans les ventes aux enchères des grandes maisons, permet souvent d’acquérir plus facilement une oeuvre. Les prix s’envolent également, avec mesure cependant. Si ses prix se sont multiplié par 4 en 8 ans, il reste néanmoins accessible aux passionnés, l’art aborigène gardant une progression continue et modérée contrairement aux flambées fugaces de l’art occidental.

Questionnement et crise de transition

Daniel Walbidi, après un parcours artistique de plus de 15 ans, n’est plus un novice. Contrairement à ses homologues, qui traversent une crise en milieu de vie, à son tour il se questionne, mais beaucoup plus tôt. Par ces recherches, il démontre sa vitalité en tant qu’artiste, toujours en apprentissage, à l’écoute de nouvelles techniques et approches. Mais il hésite sur la suite.

A 30 ans, juste au moment où le Telstra a reconnu son talent en Australie, on peut souligner le couronnement d’une étape. Comme dans la peinture ci-dessus, il est possible de retrouver la synthèse des étincelles créatives qui ont habité son parcours. Une sorte d’approche cubique pointilliste cède la place à des circonvolutions étranges et psychédéliques.

Le lac salé au centre de la peinture offre de multiples dimensions : au sens propre c’est une vision du territoire. A un autre niveau de lecture, il s’agit presque d’un personnage et d’ancêtres effectuant plus loin une cérémonie dédiée à l’eau. Les principes de filiation entre ancêtres fondateurs sont évoqués par l’entremise des puits d’eau. Cette oeuvre est multiple, intense, incarnée. On y retrouve ainsi une structure proche de ses premières oeuvres de son adolescence.

A Broome durant ma visite, je n’avais pas été séduit par un nouveau style exploratoire, plus figuratif. Ses nouvelles toiles avaient du mal à me convaincre. C’est sans doute un pas, une étape nécessaire pour se ré-inventer à nouveau.

Les vibrations de son inspiration sont intactes et je ne doute pas un instant de l’apparition prochaine de nouveaux chefs d’oeuvre. Daniel Walbidi s’affirme comme un artiste contemporain aborigène remarquable, à suivre dans les prochaines années.

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