Un paradis tropical aborigène inventif

art aborigène Mangkaja

© Sonia Kurarra – Martuwarra. 240 x 180 cm. 2013. Art Aborigène. Collection privée Brocard – Estrangin

Au mois de Juin dernier, je rencontrais l’artiste Sonia Kurarra dans le centre d’art de Mangkaja. Quelle femme énergique ! Elle débarquait de chez le dentiste et entra sur la scène du centre d’art, en interpellant avec véhémence les personnes présentes, dans cette langue guturale qui donne toujours l’impression que les Aborigènes sont un peu en colère.

Elle me demandait si j’allais faire un tour à Broome. Malheureusement je filais quelques jours plus tard sur Darwin, ce qui ne l’intéressait guère. Entre les sirènes des commerces à Broome et le climat chaud et tropical plus difficile de Darwin son choix était définitif. Sinon elle m’aurait bien accompagné.

Nous nous sommes installés autour d’une table pour discuter quelques instants. Son visage expressif, volontaire, ne se cache derrière aucun artifice. Il est brut, naturel et authentique. Les stigmates éventuels sont vécus comme des témoignages et réminiscences des ancêtres du temps du rêve, dont on doit être fier.

C’est tellement aux antipodes de nos canons esthétiques, où il faut cacher, réparer, camoufler les affres du temps qui passe. Son visage, comme son corps et son charisme campe comme un menhir colossal dans cette communauté artistique.

J’avais eu l’occasion de la découvrir en 2009 dans une excellente galerie australienne qui a disparu depuis. Immédiatement je fus séduit par son style inventif, la rupture significative avec ce qui émergeait alors dans le monde de l’art aborigène.

Il y a de la fougue dans son geste, une énergie communicative, le pouls perceptible des animaux et poissons suggérés. Cette peinture palpite de vie, dégage une force à travers un style unique, expression accomplie de l’individualité de cet artiste aborigène.

En 2012 j’avais repéré cette oeuvre qui devait être présentée au grand prix de peinture du Telstra mi 2013. Il s’agit d’une oeuvre majeure, comme une synthèse de différents domaines et styles explorés par l’artiste.

J’ai en mémoire des peintures anciennes de Sonia Kurarra présentées dans un autre blog, comme ici où les cercles concentriques se combinent dans une peinture flirtant presque avec l’art déco.

Dans une autre oeuvre, qui reçut le grand prix de peinture du Hedland Art Award, on retrouve également les combinaisons et enchainements fondus de couleurs, offrant des perspectives profondes multiples.

Dans cette autre toile, un bouillonnement imperceptible se distingue à différents niveaux, comme deux ou trois peintures superposées. Le blanc nacré, enchevêtré, offre une composition en soit. Puis de façon presque transparente, apparaît en trame de fond une autre oeuvre, composé de multiples nuances de vert. L’ensemble combiné est remarquable.

Dans ce triptyque important, les déclinaisons du bleu et du vert, offre un univers de profondeur, au coeur des rivières visibles et sublimées du territoire.

Lors de la dernière exposition sur le Kimberley au Musée Aborigène d’Utrecht, trois toiles de Sonia furent présentées dans une salle dédiée du musée, soulignant ainsi son importance dans le mouvement contemporain d’art aborigène.

Aujourd’hui son oeuvre évolue encore. Des champs nouveaux de teintes multiples viennent illuminer ses toiles, tel un kaleidoscope aborigène de l’invisible, où mythes et animaux se combinent dans une sorte de paradis tropical inventif, où des formes meta se dessinent au delà de la toile par l’entremise des contrastes des teintes.

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